Feste Kaiserin / Fort Jeanne-d’Arc
Iconographie de garnison allemande, essentiellement 1914-1918 :
– Grandes peintures murales dans les foyers et chambrées :
• portraits de Guillaume II, notamment à cheval à la tête de ses troupes, utilisés comme images de propagande interne ;
• immenses aigles impériaux peints au-dessus des cheminées (plus de 1,5 m de côté), symboles du Reich dans les locaux de vie ;
• devise « Seid einig, einig, einig ! » associée à des drapeaux noir-blanc-rouge et à un aigle héraldique : message direct sur l’unité de l’Empire allemand ;
• paysages « de Metz » (Portes, campagne, Moselle, etc.) utilisés comme fenêtres fictives vers l’extérieur, mais porteurs d’un message très clair : il s’agit de défendre une « terre allemande » conquise en 1870.
– Graffitis autographiques : noms, villes d’origine, dates, gravés par les sentinelles ou personnels, très nombreux mais peu spectaculaires graphiquement (signature + date).
– Quelques pièces atypiques signalées : un buste d’officier aux moustaches « à la Guillaume II », un clown dans une chambre d’officier, etc.
Pour la période postérieure (Seconde Guerre mondiale), on a aussi des inscriptions de prisonniers, de GIs, etc.
Feste Kronprinz / Fort Driant
Ici, c’est l’inverse : énorme site, mais iconographie très pauvre.
– Graffitis autographiques allemands dans les petites guérites blindées dites « escargot » : suite de gravures nom + prénom + ville d’origine + date, relevées autour de 1915-1917. On est dans le témoignage de présence, pas dans la fresque.
– À l’intérieur, la thèse insiste sur le contraste : malgré la taille de la Feste Kronprinz, on n’y trouve que quelques graffitis et quasiment pas de peintures murales figuratives, contrairement à Wagner, Luitpold, Kaiserin.
Feste Wagner / Fort L'Aisne
C’est l’un des sites les plus riches autour de Metz sur le plan des peintures. Iconographie allemande, très structurée :
– Paysages messins monumentaux peints sur les murs : temple protestant, aqueduc d’Ars-sur-Moselle, Porte des Allemands, campagnes, plateaux, etc. L’objectif est double : rompre la claustration et « naturaliser » Metz comme paysage allemand à défendre.
– Composition idéologique complète autour de l’empereur et de Bismarck :
• maximes patriotiques, notamment une formule du type « l’aigle combat pour ses droits » ;
• mise en scène de la puissance allemande opposée à la faiblesse française (caricature de Louis-Philippe en poire face à la couronne prussienne, blés symbolisant la prospérité du Reich, etc.) ;
• représentation des collines, buttes et mamelons du secteur (Xon, Froidmont, Haeseler, vallée de la Seille) comme « front sacré » où le Reich retient l’ennemi.
– Travail identifié d’un peintre de garnison, Ernst Koch (2e régiment d’artillerie à pied bavarois), qui signe certaines vues.
Feste Prinzregent Luitpold / Fort L'Yser
Encore un décor très poussé, toujours allemand :
– Immenses aigles impériaux peints au-dessus des foyers (environ 1,5 m × 2 m) ;
– Frise continue de paysages du littoral et des campagnes de l’Empire, autour de laquelle sont enroulées des bannières portant les blasons de toutes les provinces, y compris l’Alsace-Lorraine : le message est celui d’un Reich uni qui inclut Metz comme une province parmi d’autres ;
– Représentation d’un paquebot portant le nom de Luitpold, dans un port allemand (Brême), symbole de projection de puissance.
– Plusieurs peintures signées par Willi Reue, sculpteur et peintre messin incorporé au 2e régiment d’artillerie à pied bavarois, datées de 1915.
Feste von der Goltz / Fort La Marne
Iconographie plus ponctuelle, mais intéressante :
– Peinture murale portant la mention du Fussartillerie-Regiment n°12, encadrée de deux lions héraldiques ;
– Thématique alimentaire et de convivialité (charcutier, saucisse saxonne, tables garnies), combinée à des maximes patriotiques et religieuses : mélange très typique de « Heimat », de foi et de propagande ;
– Paysages messins et symboles (Porte des Allemands, campagnes), même logique que Wagner et Luitpold.
Infanterie-werke Mey, Jury, Hindersin
Ce ne sont pas des « forts » au sens Séré de Rivières, mais ils font partie intégrante du système de Metz et ont un corpus iconographique :
– Infanterie-werk Mey : portraits de l’empereur Guillaume II, souvent le montrant à cheval en tête d’une troupe, inscriptions de devise, scènes de camaraderie ;
– Infanterie-werk Jury : au fond d’un local technique, portrait de soldat allemand accompagné d’un petit portrait féminin (présence de l’absente, fiancée/épouse) ;
– Infanterie-werk Hindersin : paysages messins et ruraux, dans la même logique de « fenêtres » vers un extérieur idéalisé, mais ancré sur Metz et non sur les régions d’origine des soldats.
Batterie / Fort de Plappeville
Pour la période 1870-1918, la documentation disponible ne signale quasiment pas de décor figuratif important à Plappeville :
– Quelques croquis techniques (schémas de nids de mitrailleuses, indications toponymiques) dans les galeries, utilisés comme aide de tir ou repère, mais pas de programme décoratif comparable à Wagner ou Kaiserin ;
– Les graffitis de soldats sont connus localement (visites, associations), mais n’ont pas fait l’objet d’une publication détaillée fort par fort pour 14-18 : on sait qu’ils existent, on ne sait pas les décrire de manière fiable sans aller sur place.
Fort de Queuleu
Pour 1867-1918, les traces iconographiques identifiées et publiées sont très limitées :
– Une peinture d’insigne d’artillerie du 165e régiment d’artillerie à pied dans une alvéole, due à un canonier français, signalée dans l’inventaire global des peintures de forteresse (mais probablement datée plutôt de la période Maginot/Seconde Guerre mondiale qu’avant 1918) ;
– Aucune série connue de dessins de soldats français de 1870-1918 ;
– L’essentiel des graffitis étudiés à Queuleu concerne la période camp d’internement SS (1943-1944) et les déportés, pas les garnisons de la Belle Époque.
Autres groupes fortifiés messins (Friedrich Karl, Graf Haeseler, etc.)
On a surtout :
– des armoiries sculptées extérieures (blasons de membres de la famille impériale ou de grands chefs militaires, taillés dans la pierre de Jaumont au-dessus des caponnières, entrées, batteries cuirassées) ;
– un arc de triomphe orné des armes du Kronprinz sur la route stratégique de la Feste Kronprinz ;
– à l’intérieur, pour 1914-1918, l’iconographie peinte connue reste concentrée sur les Festen déjà citées (Wagner, Luitpold, von der Goltz, Kaiserin) et quelques foyers ou popotes.
Dessins de soldats français 1867-1918 dans les forts de Metz
C’est le point qui t’intéresse le plus, et la réponse ne va pas dans ton sens :
– L’étude de référence montre que la production iconographique dans les fortifications françaises (Verdun, Toul, Epinal, Maginot) est très riche en « Vive la France », Marianne, drapeaux tricolores, scènes de tranchées, etc., mais cela concerne d’autres places, pas Metz ;
– Pour la place forte de Metz, sur la période 1870-1918, tout ce qui est bien documenté dans les locaux (peintures figuratives, grands décors, symboles politiques) est le fait des garnisons allemandes ;
– Les graffitis de simples soldats français à Metz avant 1918, s’ils existent encore dans certains forts Séré de Rivières, n’apparaissent dans aucune publication sérieuse accessible (ni thèse, ni article, ni guide patrimonial détaillé).