Les tourelles destinées au canon de 10 cm peuvent être équipées de trois types de tubes : le tube long (35 calibres), le tube long renforcé et le tube court (20 calibres). Les tubes courts et renforcés sont employés dans les batteries particulièrement exposées au feu ennemi.
La mission principale de ces tourelles est de battre, à longue distance, les approches et les zones de déploiement de l’assaillant, et de soutenir le combat d’artillerie contre les pièces adverses.
Les locaux de la tourelle comportent deux niveaux. L’étage supérieur, appelé chambre de tir, renferme l’ensemble des dispositifs nécessaires au service du canon. L’étage inférieur, appelé local de manœuvre, abrite le mécanisme d’élévation de la tourelle ainsi que deux fosses servant lors du changement de tube.
La tourelle, simplement tournante, est du type affût cuirassé. Sa coupole, coulée d’une seule pièce en acier au nickel, est boulonnée sur l’affût. Au repos, elle repose sur l’avant‑cuirasse ; pour le tir, elle est légèrement relevée d’environ 5 mm afin d’éliminer toute friction entre les deux éléments. L’affût repose alors uniquement sur les tourillons du pivot. Au départ du coup, le recul provoque un basculement brutal de la coupole contre le bord de l’avant‑cuirasse ; après quelques oscillations, elle reprend sa position d’équilibre. En cas d’incident ou de coincement de la coupole par des débris, une levée maximale de 125 mm peut être obtenue. L’élévation est lisible dans la chambre de tir sur l’indicateur de pointage gradué en millimètres. Le pointage en hauteur, allant de +35° à –5°, est facilité par un contre‑poids coulissant le long du fût‑pivot qui équilibre le tube.
L’avant‑cuirasse est formée de six voussoirs en acier au nickel boulonnés entre eux. Sa hauteur est déterminée par le risque de tir rasant : une hauteur de 1,2 m suffit pour les tourelles entièrement défilées à la vue de l’ennemi, tandis qu’une protection de 2,2 m, voire de 2,7 m dans certains cas, est nécessaire pour les positions exposées.
La coupole présente un renflement antérieur et un renflement postérieur. Le renflement arrière ménage l’espace nécessaire au chargement du tube lors des tirs en site négatif (–5°). Il est supprimé sur les modèles ne nécessitant pas d’abaissement du tube sous 0°. Le renflement avant abrite l’embrasure, d’où dépasse, pour le tube long, environ 1,6 m de fût. Dans la coupole, de part et d’autre du tube se trouvent deux trous de visée, et un autre, à l’arrière, destiné à l’observation.
La chambre de tir peut contenir 62 projectiles, disposés dans des supports le long de l’avant‑cuirasse. L’approvisionnement s’effectue au moyen de deux monte‑charges latéraux, dont chaque plateau peut porter six projectiles. Le fonctionnement de la tourelle est assuré par un caporal et cinq canonniers dans la chambre de tir, ainsi que deux canonniers affectés à la manutention des munitions et aux monte‑charges.
Chaque tourelle dispose d’un tube de réserve et d’une dotation de 350 obus explosifs, 2 600 obus à shrapnels et 50 obus à balles.
La portée maximale pour le tube long est de 10 800 m avec fusée percutante et de 8 500 m avec détonateur fusant. Pour le tube court, elle est de 9 700 m avec fusée percutante et de 7 750 m avec détonateur fusant. La cadence de tir atteint 9 coups par minute. Le poids total de la tourelle, sans tube, est de 78 tonnes.
LA TOURELLE CUIRASSEE POUR CANON DE 10CM MODELE 08
Les premières tourelles pour canon de 10 cm modèle 1908 sont installées en 1911 sur le front est de Metz (G.F. Freiherr von der Goltz). Leur aménagement reprend globalement celui des autres tourelles pour canon de 10 cm.
La spécificité du modèle 1908 est la suivante : la tourelle peut recevoir au choix le tube court, le tube long ou le tube renforcé. Pour cela, des bagues sont placées dans les rainures des supports du tube, et le contrepoids peut être alourdi ou allégé selon le type de tube utilisé.
L’équipement permettant de changer les tubes est conçu pour s’adapter aux différents types, et diverses améliorations ont été apportées à certains éléments du dispositif de pointage.