Les projecteurs de casemate (ou « projecteurs cuirassés », « projecteurs blindés ») sont des appareils d’éclairage puissants installés dans les ouvrages fortifiés pour l’observation et le tir de nuit. Dans le contexte que tu évoquais (Metz, groupes fortifiés allemands), ils ont quelques caractéristiques assez typiques.
1. Rôle tactique
- Éclairer le terrain battu par les canons et mitrailleuses (fossés, abords immédiats, pentes).
- Aider au réglage du tir de nuit ou par mauvaise visibilité.
- Repérer les infiltrations d’infanterie, les patrouilles, les équipes de sapeurs.
- Parfois aveugler ou gêner les observateurs ennemis (faisceau dirigé vers leurs postes).
2. Emplacement et protection
- Placés dans ou au voisinage immédiat des casemates de flanquement.
- Installés derrière un blindage, souvent une plaque d’acier au nickel, avec une ouverture étroite (embrasure) pour laisser passer le faisceau lumineux.
- La niche du projecteur est généralement intégrée à la façade ou en léger retrait, de façon à ne pas affaiblir la résistance du mur frontal.
- L’optique est protégée par un volet ou une plaque blindée coulissante ou pivotante, fermée en dehors des périodes d’utilisation.
3. Caractéristiques techniques (type fin XIXe – début XXe siècle)
Elles varient selon les systèmes, mais on retrouve en général :
- Source lumineuse : lampe à arc (puis, plus tard, lampes électriques à incandescence ou à vapeur), alimentée par un groupe électrogène de l’ouvrage.
- Puissance suffisante pour balayer les fossés et abords à plusieurs centaines de mètres, voire plus, selon le calibre et la qualité de l’optique.
- Faisceau concentré (spot) avec possibilité d’orientation horizontale et verticale depuis l’intérieur, par leviers ou volant de manœuvre.
- Refroidissement et ventilation indispensables (production importante de chaleur et de fumées pour les modèles à arc).
4. Intégration dans le système de défense
- Le faisceau est coordonné avec les secteurs de tir des canons et mitrailleuses : on éclaire précisément la zone « battue » par les armes.
- L’observation se fait depuis les cloches d’observation ou des créneaux spécifiques ; le projecteur n’est pas un organe d’observation en lui‑même mais un « auxiliaire de vision ».
- La mise en marche et l’orientation sont commandées depuis un poste dédié, parfois en liaison directe (tube acoustique, téléphone, sonnerie) avec le poste de tir et le chef de blockhaus/casemate.
5. Limites et contraintes
- Fragilité relative du matériel optique malgré le blindage (chocs, éclats, surchauffe).
- Risque de repérage : un faisceau fixe trahit facilement la position de l’ouvrage, d’où l’usage intermittent, par balayages rapides, ou en alternance avec d’autres sources.
- Dépendance envers l’alimentation électrique du fort (groupes électrogènes, câblage protégé).
6. Cas spécifique des ouvrages de Metz
Dans les casemates de flanquement:
- Le texte précise qu’un projecteur protégé par blindage est prévu dans la plupart des casemates, sauf à l’ouvrage de Mey.
- Ces projecteurs travaillent en complément des deux canons de 7,7 cm : ils permettent de voir et d’identifier les objectifs dans les intervalles et les fossés, surtout de nuit sur le versant Horimont, la vallée de la Mance, etc.
- Leur position est étudiée pour couvrir de façon continue les abords entre les groupes fortifiés (Kronprinz, Lothringen, etc.), exactement dans l’esprit de la « défense des intervalles » tardivement adoptée par les Allemands.