En 1896, la place forte de Metz est protégée par une ceinture défensive d’environ 24 km de périmètre, formant un rayon moyen de 4 km autour de la ville. Cependant, les progrès rapides de l’artillerie, dont la portée atteint désormais près de 10 km, rendent cette ligne de défense obsolète : un assiégeant pourrait facilement placer ses batteries sur les hauteurs situées à 9 km à l’ouest et frapper à la fois les forts et le centre‑ville.
Conscient de cette vulnérabilité, l’empereur Guillaume II décide, en 1896, alors que s’achèvent les dernières batteries cuirassées du front ouest, d’édifier une nouvelle série d’ouvrages puissants sur ces hauteurs. Ces fortifications, d’un concept entièrement nouveau, reposent sur la séparation des organes de combat lointain (artillerie) et de défense rapprochée (infanterie). L’objectif est de disperser les installations afin de réduire la taille des cibles et d’empêcher qu’un bombardement massif puisse neutraliser tout un ensemble d’un seul coup.
Ces ouvrages, appelés d’abord Panzergruppen puis Festen, se présentent comme de vastes ensembles défensifs occupant généralement entre 100 et 200 hectares. À l’intérieur d’une Feste, les divers éléments — casernes, batteries, observatoires, points d’appui — sont soigneusement intégrés au relief, invisibles ou très difficilement repérables depuis les positions ennemies.
En avant se trouvent les dispositifs de combat rapproché : ouvrages d’infanterie à l’épreuve et points d’appui destinés à battre le terrain avant. Derrière eux, les batteries d’artillerie se répartissent selon leur mission :
- des batteries à tir tendu (canons de 10 cm) placées juste derrière la crête pour disposer d’un large champ de vision ;
- des batteries à tir courbe (obusier de 15 cm), dissimulées plus à l’arrière et dotées d’observatoires cuirassés.
La distance maximale entre deux positions de défense rapprochée est limitée à environ 1 km, assurant un appui réciproque efficace. De même, les dispositifs de combat rapproché et les positions de tir lointain sont séparés de 500 à 700 m. À l’échelle générale, les Festen sont espacées de 4 à 6 km les unes des autres, permettant leur couverture mutuelle et la défense des intervalles.
L’ensemble est protégé par un réseau de fils de fer barbelés large de 20 à 30 m, surveillé par des postes permanents. Les casernes, à l’épreuve des bombardements, sont isolées des positions de combat et reliées à celles‑ci par des galeries souterraines munies de portes blindées ; ces galeries comportent aussi des dispositifs de destruction pour interrompre tout accès en cas de capture partielle de l’ouvrage.
Enfin, le soin apporté au confort et à la technique dans ces nouvelles constructions est remarquable pour l’époque : réseau électrique, ventilation, chauffage, installations sanitaires modernes, systèmes de communication et d’alerte. Ces innovations font des Festen allemandes de Metz les modèles les plus aboutis de la fortification de la fin du XIXᵉ siècle, marquant la transition entre les anciennes forteresses polygonales et les puissantes positions fortifiées du XXᵉ siècle.
Dispositif de combat rapproché
Il existe 3 types :
- L’ouvrage d’infanterie à l’abri d’un assaut
- L’ouvrage d’infanterie qui n’est pas à l’abri de l’assaut
- Le point d’appui d’infanterie
Dispositifs pour le combat lointain ; batteries cuirassées
Il existe 2 types :
- Batterie cuirassée pour canons de 10cm
- Batterie cuirassée pour obusiers de 15cm
LA CONSTRUCTION DES FESTEN
De 1896 à 1899, de nombreux projets et débats ont porté sur l’implantation des Festen à construire. Deux conceptions principales s’opposaient. Le général Von der Goltz, inspecteur général des fortifications, proposait une ligne de défense continue de la frontière luxembourgeoise à Strasbourg, passant par Thionville, Metz, Baronville, Bénestroff, Hessenberg, Groeftberg, Wasselonne et Mutzig. Le comte Von Schlieffen, chef d’état-major général, privilégiait pour sa part le renforcement massif de Metz et Thionville, estimant que l’offensive allemande contre la France passerait par la Belgique et le Luxembourg, avec Metz et Thionville pour pivot.
La décision finale fut de construire un vaste dispositif englobant Metz et Thionville, qui comprendra huit Festen à Metz et trois à Thionville et formera la plus grande forteresse d’Europe de l’époque, la moselstellung. La priorité de construction fut donnée au front Ouest, proche de la frontière. Début 1899, on lance les premières Festen de Metz sur les fronts Ouest et Sud-ouest : Graf Haeseler, Lothringen, Kronprinz et Kaiserin. En 1902, la vieille enceinte sud de la ville est démolie pour permettre son extension et l’intervalle entre les forts Goeben et Württemberg de la première ligne est fermé par des grilles. La même année, est envisagée une extension de la défense sur le front Est pour renforcer la valeur opérationnelle de la forteresse.
En 1903 sont arrêtés les emplacements des Festen Wagner et Luitpold ; l’empereur demande que ces ouvrages soient de dimensions réduites. En octobre 1904, le général Von Beseler, inspecteur général des fortifications, trace la ligne du front Est via Avigy au sud, puis Orny, Chesny, Mercy-lès-Metz, Bellecroix, Villers-l’Orme jusqu’à Malroy au nord. Il propose aussi des emplacements pour des batteries avancées à Sorbey, Mont, Landremont et Sainte-Barbe. La Feste Wagner commence en juillet 1904. En janvier 1905, les décisions sont prises pour la construction des autres Festen et des batteries avancées du front Est. Dès mai 1905, on entreprend les batteries de Landremont, puis de Mont et de Sorbey ; en mai 1907, la batterie de Sainte-Barbe est réalisée. Ces batteries, situées environ à 5 kilomètres en avant de la ligne des ouvrages du front Est, sont des positions importantes comportant de nombreux emplacements de canons à ciel ouvert et souvent des pièces sur affût protégé.
En avril 1907 débute la construction de la Feste Prinzregent Luitpold ; en octobre 1907, sont lancés la Feste Generalfeldmarschall Von der Goltz et l’ouvrage d’infanterie de Mey ; en novembre 1907, les ouvrages d’infanterie de Chesny nord et sud ; et en septembre 1908, l’ouvrage d’infanterie Bellecroix. Les ouvrages prévus à Villers-l’Orme et Malroy ne seront pas entrepris.
Sur le front Ouest, la Feste Lothringen est renforcée par la Vémont-Stellung au nord en juin 1903 et par la Wolffberg-Stellung au sud en juin 1904. Pour renforcer encore ce front, il est décidé en août 1905 d’édifier une Feste dans l’intervalle Lothringen–Kaiserin : l’ouvrage d’infanterie de Leipzig est commencé en 1907 et le point d’appui La Folie en 1909 ; ces deux éléments formeront la Feste Leipzig. En 1905, on décide aussi d’équiper le secteur nord-est d’abris d’infanterie et d’abris à munitions. En juillet 1907, le renforcement des fronts Est et Ouest par des batteries de deux pièces de 15 cm sur affût protégé, en arrière des Festen, est décidé.
En février 1912, pour compléter le secteur nord‑est de la forteresse de Metz, on décide la fortification des carrières d’Amanvillers et des crêtes d’Horimont et de Fèves ; les travaux commencent la même année. On décide aussi de fermer l’intervalle entre les Festen Kaiserin et Kronprinz par les positions de Saint-Hubert, Jussy nord et sud, l’ouvrage d’infanterie Bois la Dame, les positions Vaux nord et sud et l’ouvrage d’infanterie Marival. Ces sept ouvrages sont construits à partir de 1912 ; ils seront surnommés « les sept nains » par les Américains en 1944.
En 1914, les Allemands commencent à établir des positions de campagne renforcées dans les intervalles des Festen, principalement sur les fronts Est et Sud. En 1916, ils interrompent certains travaux sur les ouvrages pour se consacrer à l’édification d’une position avancée au sud de Metz, composée de nombreux petits ouvrages de campagne. Située à environ 2 kilomètres au sud des Festen Haeseler, Wagner et Luitpold, cette position s’étend sur près de 20 kilomètres, de Sorbey à Arry-sur-Moselle, sur une profondeur variant de 500 à 2 000 mètres. Elle comprend une multitude de petits abris en béton pour hommes, munitions, projecteurs, observatoires, canons ou mitrailleuses : au total, plus de 800 petits ouvrages disposés en quinconce sur trois ou quatre lignes successives. Une ligne de positions à ciel ouvert pour l’artillerie est installée en arrière. Ce dispositif a l’avantage de masquer les points fortement ou faiblement occupés et d’offrir aux défenseurs, dans un rayon d’environ 30 mètres, un abri de rechange si l’un d’eux est détruit.
D’autres dispositifs avancés, moins importants et moins structurés, existent sur la rive gauche de la Moselle devant le front Ouest, sur le front Nord et sur la rive droite. L’ensemble de ces positions avancées autour de Metz comprend environ 1 800 petits abris.
Pendant la Première Guerre mondiale, les fortifications allemandes appelées Festen, construites autour de Metz, ont eu un rôle limité. La Feste Wagner et ses batteries avancées ont appuyé au début du conflit, en août et septembre 1914, l’attaque allemande en direction de Pont-à-Mousson grâce à leurs canons montés sur affût protégé. Plus tard, peu avant l’armistice de 1918, la forteresse a reçu quelques tirs de l’artillerie française à longue portée.
La Feste Kronprinz, quant à elle, a mené plusieurs tirs en 1918 sur les avant-gardes américaines dans la vallée du Rupt de Mad.
Dans l’ensemble, ces ouvrages n’ont pas été directement engagés dans les combats. Leur utilisation s’est limitée à des tirs d’appui et à des fonctions défensives secondaires, sans que Metz ne soit véritablement menacée ou assiégée.