LE RETOUR A LA FRANCE
Le 19 novembre 1918, peu après la signature de l’armistice, les troupes françaises prennent possession des *Festen* de Metz et de Thionville, livrées intactes. Le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, restitue à la France l’Alsace-Lorraine – ainsi que quelques localités vosgiennes.
Les vainqueurs découvrent alors avec étonnement l’ampleur et la modernité des ouvrages de la forteresse : leur confort et leur équipement (installations sanitaires, chauffage central, électricité, ventilation, réseaux de transmission) sont bien supérieurs à ceux des forts français de la même époque.
Après 1930, certains groupes fortifiés sont réemployés comme ouvrages de deuxième ligne ou postes de commandement arrière de la Ligne Maginot. Plusieurs tourelles, notamment celle du groupe *Jeanne d’Arc*, sont remises en état. Les munitions françaises de 105 mm sont alors adaptées pour être utilisées dans les tubes des anciennes tourelles allemandes.
LA GUERRE DE 1940-45
En 1940, les troupes allemandes réoccupent Metz sans combat. De 1940 à 1944, la ville se situe loin du front et sert surtout de zone arrière. Grâce à son important nœud routier et ferroviaire, à ses nombreuses casernes et à ses infrastructures militaires, Metz devient une ville de transit pour les unités et une base logistique majeure pour les états-majors opérant sur tout le front ouest.
La place dispose alors d’établissements militaires importants : une école des cadets, une école de sous-officiers et de transmissions, ainsi que la grande base aérienne de Frescaty. Les fortifications voisines sont mises à profit pour abriter des ateliers ou des dépôts : au groupe fortifié Driant, on installe des fabrications de pièces d’avions ; au GF de l’Aisne et au GF de la Marne, des dépôts de munitions. L’ouvrage d’infanterie de Mercy, où sont stockées des ogives de torpilles sous-marines, est détruit à la suite d’un bombardement américain.
Metz dépend alors de la 12ᵉ Région militaire allemande, dont le siège se trouve à Wiesbaden. En 1943, les autorités allemandes prélèvent une partie de l’artillerie et démontent les appareils optiques des observatoires cuirassés.
À la fin du mois d’août 1944, la retraite allemande devant la progression alliée et l’approche des troupes américaines incitent à remettre les défenses de Metz en état. Les Américains, qui ne disposent que de cartes Michelin ordinaires, ignorent la configuration précise des forts.
Le général Patton reçoit l’ordre de stopper son avance – la priorité étant donnée aux opérations sur l’Escaut et à Arnhem – mais il autorise néanmoins le général Walton Walker, commandant le XXᵉ Corps, à établir une tête de pont sur la Moselle. Walker dispose de trois divisions :
- la 5ᵉ Division d’infanterie, face à Metz ;
- la 90ᵉ Division d’infanterie, face à Thionville ;
- la 7ᵉ Division blindée, entre Thionville et Metz, chargée de s’emparer des ponts.
Face à elles, l’ennemi aligne l’équivalent de quatre divisions et demie dépendant de la 1ʳᵉ Armée allemande. En quelques jours, les Allemands réorganisent précipitamment la défense de la place forte, concentrant leurs efforts sur le front ouest. Faute d’effectifs suffisants, seule une partie des ouvrages peut être occupée. On remet en état les pièces d’artillerie, principalement dans les groupes fortifiés Driant et Jeanne d’Arc, ainsi que les systèmes d’éclairage, de ventilation et de ravitaillement en munitions. Les liaisons téléphoniques sont réparées, et des champs de mines antipersonnel et antichars sont posés.
Cependant, la garnison souffre rapidement du manque de ravitaillement et de munitions ; le chauffage est insuffisant, l’électricité et l’eau se font rares. Le 2 septembre 1944, Metz est proclamée *Festung Metz* (« forteresse du Reich ») par Hitler : elle doit être défendue jusqu’à la dernière extrémité. Les chefs allemands, liés par serment au Führer, sont déterminés à résister.
Heinrich Himmler, qui avait inspecté l’école des élèves officiers de Metz le mois précédent, rappelle alors la nécessité de ralentir l’avance alliée en attendant la mise en service d’une nouvelle arme secrète – la fusée V2 – censée changer le cours de la guerre. Il place ses hommes à la tête des administrations civiles et militaires ; les nazis réaffirment ainsi leur autorité sur la ville.
Le 4 septembre, plusieurs ponts sont détruits par les Allemands. La 462ᵉ Division d’infanterie prend position à partir du 3 septembre, installant ses postes de commandement et préparant la défense acharnée qui marquera le siège de Metz.
FORT DE PLAPPEVILLE – FESTE ALVENSLEBEN
Le 3 septembre, le général Krause, alors commandant de la place forte de Metz, établit son poste de commandement principal (Oberkommando) dans la caserne du fort Alvensleben. Le fort de Plappeville était en effet situé au centre du dispositif défensif de Metz.
FORT GIRARDIN – FESTE MAINSTEIN
PC Ouest tenu par le colonel SS Joachim von Siegroth (Ecole des Cadets).
FORT LES BORDES – FESTE ZASTROW
PC du secteur Nord tenu par le colonel SS Wagner.
FORT SAINT PRIVAT- FESTE PRINZ AUGUST VON WURTTEMBERG
Tenu par le colonel SS Ernst Kemper.
Metz occupe une position hautement stratégique sur la Moselle, formant un véritable carrefour de communications et une place naturellement propice à la défense contre un adversaire arrivant de l’Ouest. Les groupes fortifiés situés sur la rive occidentale sont implantés sur des crêtes et des plateaux dominant la vallée, constituant une barrière efficace protégeant les accès à la Moselle.
Les 6 et 7 septembre 1944, la 7e division blindée et la 5e division d’infanterie américaines déclenchent une violente offensive au sud de Metz, dans le secteur s’étendant d’Ancy-sur-Moselle à Arnaville, sous le feu croisé des forts Driant sur la rive ouest et Sommy et Saint-Blaise sur la rive est de la Moselle.
Les lignes allemandes cèdent en plusieurs points : de Mars-la-Tour à Gravelotte, ainsi que de Chambley à la Moselle, de Dornot à Pagny-sur-Moselle. Au prix de lourdes pertes et dans des conditions particulièrement difficiles, des éléments de la 5e division d’infanterie américaine parviennent à traverser la Moselle pendant la nuit. Ils établissent ainsi une tête de pont sur la rive est, brisant la résistance allemande dans le secteur de Dornot.
Conscient du danger que représente cette percée, qui menace désormais Metz d’un double enveloppement – par le sud et par l’est –, le Generalleutnant Krause quitte le fort de Plappeville pour se rendre sur place et évaluer la situation. Il réclame d’urgence le renfort des blindés de la 17e Panzergrenadier-Division, alors en repli vers Kaiserslautern.
Le 37e SS Panzergrenadier-Regiment, issu de cette division, accourt depuis Boulay et entre aussitôt en action dans le secteur de Jouy-aux-Arches et Corny-sur-Moselle, face à la tête de pont américaine. Simultanément, une contre-attaque est lancée depuis Ars-sur-Moselle, sur la rive ouest, par le bataillon Berg, formé d’élèves SS de l’école des transmissions de Metz et rattaché à la 462e division d’infanterie.
Les combats sont d’une extrême violence : aucun des deux camps ne fait de quartier. Le 7 septembre, le Generaloberst Kurt von Einen, chef d’état-major du XIIIe SS Armeekorps, reçoit l’ordre de tenir coûte que coûte la ligne entre Thionville au nord et Arry au sud de Metz.
Le 10 septembre 1944, après trois jours de combats acharnés ayant coûté la vie ou causé la disparition de 945 soldats, les troupes américaines sont finalement repoussées sur la rive ouest de la Moselle à Dornot. Alors que les unités américaines refluent en direction de ce village, les forces allemandes du groupe fortifié Driant lancent plusieurs contre-attaques nocturnes vers le sud, obligeant les Américains à se retrancher d’abord à Ancy-sur-Moselle, puis à Dornot même.
Tandis que la tête de pont face à Dornot est abandonnée, les forces américaines parviennent à reprendre pied sur la rive est de la Moselle dans le secteur d’Arnaville, sous la conduite du colonel Yuill, commandant le 10e Combat Team.
G.F. VERDUN – FESTE GRAF HAESELER
Le 12 septembre 1944, comme prévu par les observateurs américains, les forces allemandes lancent une importante contre-attaque dans le secteur d’Arnaville. Plusieurs unités sont engagées : le 37e Panzer-Grenadier-Regiment de la 17e Panzergrenadier-Division SS, le 8e Panzer-Grenadier-Regiment et la 103e Panzer-Abteilung de la 3e Panzergrenadier-Division, ainsi que le 115e Panzer-Grenadier-Regiment de la 15e Panzerdivision. Ces formations combattent aux côtés du bataillon Vogt de la 462e Infanterie-Division, dans le but d’encercler et d’écraser la tête de pont américaine.
L’artillerie allemande, appuyée par les canons des forts Driant (Kronprinz) et Verdun (Haeseler), bombarde intensément les positions américaines sur la rive est de la Moselle. En réponse, l’artillerie américaine déchaîne un feu nourri, tirant plus de 5700 salves sur les positions adverses dans la seule journée.
L’aviation du 371e groupe de chasseurs tactiques (TAC) intervient également pour soutenir les troupes au sol. Ses attaques, très précises, infligent de lourdes pertes à l’ennemi : un de ses coups au but détruit notamment une batterie du fort Verdun (Sommy), ainsi que plusieurs positions d’artillerie lourde près de Mardigny.
Les combats autour de la tête de pont d’Arnaville infligent de très lourdes pertes aux forces allemandes. Les régiments de Panzer-Grenadier et le bataillon Vogt subissent des destructions importantes : plus de dix chars et plusieurs half-tracks sont anéantis le 12 septembre 1944.
Le 24 septembre, la IIIe armée du général Patton est contrainte de stopper son offensive vers Metz. Elle doit consolider ses positions défensives et redéployer une partie de ses forces vers la frontière hollandaise, où la situation s’aggrave. Cet arrêt marque l’échec de cette première phase de l’offensive américaine sur Metz.
Les causes de cet échec sont multiples :
- un manque criant de renseignements sur l’ennemi, la nature des ouvrages fortifiés et des cartes détaillées ;
- un terrain accidenté et un temps défavorable, profitant à la défense allemande et limitant l’efficacité des blindés et de l’aviation ;
- la présence, en face, de jeunes soldats allemands bien entraînés, appartenant notamment à l’école des cadets de Metz, décidés à se battre et connaissant parfaitement la région.
Les Américains profitent alors de cette pause pour se reposer, se ravitailler et s’entraîner. Patton, de son côté, fixe deux objectifs : maintenir la pression afin d’empêcher les Allemands de regrouper leurs forces, et préparer une nouvelle offensive destinée à percer les deux verrous de la défense métropolitaine de Metz – le groupe fortifié Driant au sud et Maizières-lès-Metz au nord.
Le 26 septembre, les chasseurs-bombardiers du 19e Tactical Air Force lancent un raid aérien sur les forts de Metz, larguant des bombes au napalm de 500 kg. Cependant, les ouvrages bétonnés et profondément enfouis résistent à cette attaque surprise. Entre le 27 et le 29 septembre, les Américains poursuivent leurs bombardements, visant notamment les groupes fortifiés Verdun, Saint-Quentin et Lorry.
G.F. DRIANT – FESTE KRONPRINZ
Pour sécuriser le secteur sud de Metz et contenir les troupes allemandes dans les forts de la ligne fortifiée West-Metz, l’opération Thunderbolt, combinant des attaques aériennes et des attaques au sol sur les groupes fortifiés messins, est planifiée le 17 septembre 1944.
Le groupe fortifié Driant constituera le premier objectif de l’opération. Le 27 septembre, les obusiers de 240 mm du 19e Field Artillery Batallion prépare le terrain à deux compagnies d’assaut du 11e Infantry Regiment, dans le secteur du groupe fortifié Driant. Face aux troupes allemandes, exploitant au mieux le terrain et les fortifications, les troupes américaines n’arrivent pas à franchir les réseaux de fil de fer barbelé du groupe fortifié et se replient en fin de journée.
Avant le 30 septembre, deux nouveaux raids aériens se montreront inefficaces pour déloger les soldats allemands, qui se terrent pendant les raids, et retrouvent leurs postes de combat aussitôt après. Les Américains, qui ne possèdent pas les plans des ouvrages, vont recevoir une aide précieuse de la part de 2 officiers français et d’un agent technique.
Une équipe peut réaliser les plans détaillés des forts et des GF et même des maquettes pour que les différentes unités puissent les étudier.
Le 3 octobre 1944, les forces américaines réussissent à s’emparer de l’une des cinq casernes du groupe fortifié Driant. Les combats continuent ensuite, à la fois en surface et dans les galeries souterraines reliant les bunkers.
Le lendemain, le 4 octobre, à la Bayernkaserne, Franz Schubert, Kreisleiter de Metz, réquisitionne des terrassiers (Schanzarbeiter) pour creuser des tranchées antichars. Les civils qui refusent d’obéir sont considérés comme des déserteurs et risquent la peine de mort. Certains de ces ouvriers seront même enrôlés de force dans le Volkssturm et contraints de combattre.
Le 6 octobre, le 11ᵉ régiment d’infanterie américain, toujours engagé autour du fort Driant, est relevé par le 1er bataillon du 10ᵉ régiment d’infanterie. Face à ces troupes fraîches et bien équipées, les défenseurs allemands, dirigés par des officiers à la discipline sévère, continuent de tenir leurs positions avec acharnement.
Le 7 octobre, croyant disposer d’une large supériorité matérielle, les Américains lancent une nouvelle offensive. Les combats sont violents : les Allemands résistent mètre par mètre et parviennent, dans un dernier effort, à repousser l’assaut américain, capturant même plusieurs soldats dans les souterrains. Le 9 octobre, à 17 heures, une puissante explosion secoue le fort, causant de nombreuses pertes. Les affrontements se poursuivent encore trois jours, sans résultat.
Les morts et blessés se multiplient dans les couloirs du fort, et le moral des troupes décline rapidement. Devant cet échec sanglant, le général Gay décide de mettre fin à l’opération. Dans la nuit du 12 au 13 octobre, les Américains se retirent prudemment, après avoir miné les accès du fort avec environ 3 000 kilos d’explosifs.
Cette bataille se solde par un échec total pour les forces américaines — le premier revers important de la IIIᵉ armée du général Patton.
Le 19 octobre 1944, le décret d’Hitler du 25 septembre 1944 ordonnant la levée en masse des hommes âgés de 16 à 60 ans entre en application dans le territoire du "CdZ-Gebiet Lothringen". L’institution du Deutscher Volkssturm devient effective deux jours plus tard, le 21 octobre. Le SA-Gruppenführer Caspary reçoit pour mission de former douze bataillons dans le Gau Westmark. Placés sous l’autorité de Vollrath Lübbe, ces bataillons doivent venir en renfort à la 462e Volks-Grenadier-Division déjà engagée dans la bataille de Metz. L’incorporation des recrues est prévue à la Bayern-Kaserne de Metz à partir du 1er novembre 1944.
Le 3 novembre 1944, les forces américaines, utilisant les tactiques mises au point lors de leur formation au combat de forteresse, s’emparèrent d’une partie des fortifications de la seconde ceinture défensive de la ville.
Après l’échec subi devant les fortifications situées à l’ouest de Metz, les forces américaines envisagent de contourner ces positions afin d’encercler toute la place forte. Le plan prévoit un double mouvement d’encerclement par l’est : l’un partant du nord, depuis Thionville, et l’autre du sud, à partir d’Arnaville, pour former une manœuvre en tenaille, tandis qu’une division d’infanterie demeure à l’ouest, face aux forts et aux garnisons ennemies.
Le 7 novembre, en préparation de l’offensive contre Metz, près de 1 300 bombardiers lourds larguent plusieurs centaines de tonnes d’explosifs et de napalm sur les fortifications ainsi que sur les positions stratégiques appartenant au secteur d’opérations de la IIIe armée.
Le 14 novembre 1944, le Generalleutnant Heinrich Kittel prend le commandement des forces allemandes chargées de défendre Metz. Il ne dispose alors plus que d’environ 12 000 hommes, pour la plupart des troupes de seconde ligne.
Le 15 novembre, le 377e régiment d’infanterie américain pénètre dans le secteur nord de Metz, jusqu’à Woippy, avant d’être stoppé par les tirs nourris des forts Déroulède (Kameke), Gambetta (Hindersin) et Saint-Julien (Manteuffel).
Au sud-est de la ville, le 38e SS-Panzergrenadier-Regiment tente une contre-attaque le 16 novembre en direction de Courcelles, sans succès. La 5e division d’infanterie américaine maintient solidement ses positions, isolant progressivement les unités allemandes du secteur.
Le 10e régiment d’infanterie, appartenant à cette même division, entre dans Borny après avoir encerclé le fort de Queuleu. Plus au sud, le 11e régiment d’infanterie s’empare du village d’Augny et encercle le groupe fortifié Verdun (Haeseler), mais se heurte à une résistance acharnée sur le terrain d’aviation de Metz–Frescaty. Les troupes allemandes, bien retranchées dans les hangars et bunkers, finissent par se replier sur le fort Saint-Privat (Wurttemberg), où se trouve le quartier général du général von Matzdorf. Ce fort, considéré comme quasi imprenable, est à son tour encerclé dans la soirée.
Face à la progression américaine, le général Kittel fait détruire un à un les ponts reliant l’île Saint-Symphorien, l’île du Saulcy et l’île de Chambière pour retarder l’avance ennemie — seuls 20 des 59 ponts resteront intacts.
Le 17 novembre, les forces américaines, ayant réussi à isoler les forts de la ceinture extérieure, passent à l’assaut direct de la ville de Metz. Kittel ordonne le regroupement des défenseurs dans les principales positions fortifiées : les groupes fortifiés Saint-Quentin, Jeanne-d’Arc, Driant, Verdun et les forts de Plappeville, Queuleu et Saint-Julien, qui devront résister jusqu’au bout.
Le 19 novembre 1944, la situation devient critique pour les défenseurs allemands. Le central téléphonique de la poste principale de Metz est dynamité par les artificiers de la 462e Volks-Grenadier-Division, afin d’empêcher son utilisation par les forces américaines. La 5e division d’infanterie américaine lance alors une attaque contre les forts de Lauvallières (i-Werke Belle-Croix) et de Saint-Julien (Manteuffel), qui finissent par se rendre après de violents combats.
À l’ouest de Metz, la résistance allemande demeure plus solide. Les assauts de la 95e division américaine contre les forts de Plappeville, de Saint-Quentin et de Jeanne-d’Arc échouent malgré l’appui de l’artillerie. Dans la nuit du 19 au 20 novembre, le SS‑Brigadeführer Anton Dunckern, chef de la Gestapo à Metz, est capturé par les troupes américaines du général Patton.
Dans la ville même, les Allemands opposent une farouche résistance, défendant chaque maison et chaque rue. En raison de la présence massive de civils, les Américains évitent de recourir à l’aviation et à l’artillerie lourde.
Le 21 novembre 1944, le général Heinrich Kittel, blessé dans la caserne de Riberpray, est capturé près de l’hôpital Belle-Isle. Malgré cela, il refuse de signer la capitulation. Bien que l’ensemble de la ville soit désormais libéré par les forces américaines, plusieurs forts isolés au nord et à l’ouest de Metz continuent de se battre, conformément aux ordres d’Hitler de tenir « jusqu’au dernier homme ».
La situation des défenseurs allemands dans les forts devient de plus en plus critique. Cloîtrés dans les souterrains à cause des tirs américains réguliers, ils souffrent de claustrophobie et d’un profond isolement. Les conditions de vie sont déplorables :
la lumière est faible car les moteurs diesel ne fonctionnent qu’en cas d’alerte pour économiser le carburant
le chauffage est inexistant, l’eau rare, et l’humidité, mêlée au froid, envahit les lieux
L’hygiène et les soins manquent, tout comme la nourriture, réduite à quelques légumes déshydratés et biscuits
Quand la situation le permet, certains tentent de se ravitailler dans les maisons évacuées alentour.
Le moral des troupes est au plus bas. Les soldats, conscients de la situation désespérée de leur pays, savent que leur seul destin est la capture ou la mort. Malgré la propagande qui glorifie leur résistance, ils sont profondément démoralisés et ne tiennent plus que grâce à leurs dernières réserves.
Les Américains lancent une nouvelle attaque contre les forts de Plappeville et du Saint-Quentin. Bien qu’ils parviennent à s’emparer des batteries avancées entre les deux positions, l’assaut principal échoue à nouveau. Une attaque aérienne est alors envisagée, mais finalement annulée, l’objectif prioritaire de la division américaine étant désormais la prise complète de Metz.
À Metz, après une ultime escarmouche dans le quartier Saint-Vincent, entre la préfecture et la caserne de Riberpray, les combats cessent officiellement le 22 novembre 1944. Pour éviter des pertes inutiles et préserver leurs réserves d’armes et de munitions, les Américains choisissent de ne plus lancer d’assauts directs contre les forts encore tenus par les Allemands. Ils privilégient désormais les tirs de harcèlement, visant à contraindre les garnisons encerclées à capituler.
Ainsi, les 2 650 soldats allemands retranchés dans les forts au sud et à l’ouest de Metz — les groupes fortifiés Verdun, Driant, Jeanne-d’Arc, ainsi que les forts St-Privat, Saint-Quentin et Plappeville — retiennent immobilisés environ 9 000 soldats américains. Après la chute des forts de Bois-la-Dame, de Marival et de Saint-Hubert, le groupe fortifié Verdun (Feste Haeseler), épuisé et à court de ressources, finit par se rendre le 26 novembre 1944. Le fort Saint-Privat (Prinz August von Württemberg), commandé par le SS-Sturmbannführer Werner Matzdorff, capitule à son tour le 29 novembre.
Au début du mois de décembre 1944, plusieurs positions sont encore aux mains des Allemands. Le groupe fortifié du Saint-Quentin (Feste Prinz Friedrich-Karl), tenu par le colonel von Stössel et ses 600 hommes, ainsi que le fort de Plappeville (Feste Alvensleben) du colonel Vogel et ses 200 soldats, se rendent finalement les 6 et 7 décembre à la 5ᵉ division d’infanterie du général Irwin, soit deux semaines après la reddition de Metz.
Le fort Driant (Feste Kronprinz), commandé par le colonel Richter et occupé par 610 hommes, capitule le 8 décembre. Enfin, le fort Jeanne-d’Arc (Feste Kaiserin), dernière position allemande, défendue par le major Hans Voss et ses 500 hommes, tombe le 13 décembre 1944. La reddition de ce dernier fort marque ainsi la fin du siège de Metz, après près de trois mois de résistance acharnée.
En conclusion:
Metz a résisté pendant trois mois grâce à la solidité de ses forts et des groupes fortifiés, qui ont pleinement joué leur rôle défensif. Avec à peine 12 000 hommes, les Allemands parvinrent à contenir une armée américaine entière. Jusqu’à vingt jours après la libération de la ville, certains détachements fixèrent encore plusieurs milliers de soldats ennemis. En s’abritant dans les fortifications, les défenseurs parvinrent à neutraliser en grande partie la puissance des blindés américains et la supériorité de leur aviation. Toutefois, la mise en défense de la place avait commencé trop tard : Metz dut se suffire à elle-même, la priorité du commandement allemand étant alors la préparation de la contre-offensive des Ardennes. Les Allemands auraient d’ailleurs pu causer davantage de dégâts, certains forts, comme ceux de Driant et de Saint-Quentin, disposant encore de canons opérationnels et de munitions.
Le ralentissement imposé aux troupes américaines permit cependant à la 1ʳᵉ armée allemande de se replier pour établir une nouvelle ligne de défense sur la Sarre. Après la chute de la cité fortifiée, les forces américaines purent reprendre leur progression vers l’Allemagne.
Ainsi, la bataille de Metz illustre le rôle décisif que pouvaient encore jouer les fortifications face à la guerre mécanisée, mais aussi les limites d’une stratégie défensive dans un conflit dominé par la mobilité et la puissance de feu alliée.
La bataille de Metz est importante, mais occultée côté américain, pour quelle raison ?
La bataille de Metz, bien qu’importante sur le plan stratégique, est largement passée sous silence du côté américain. En effet, elle représente pour le général Patton un revers symbolique, car elle a ralenti son élan offensif vers l’Allemagne. Les troupes américaines, qui s’attendaient à une percée rapide après Verdun, se heurtèrent dès la fin août à une défense allemande solidement organisée autour des forts de Metz. Ce dispositif, mis en place en urgence, tint tête pendant près de trois mois.
Patton, dont la réputation reposait sur la vitesse et l’audace de ses offensives, ne souhaitait pas mettre en avant un épisode où il avait été contraint à une guerre de siège, coûteuse et prolongée. C’est pourquoi la bataille de Metz a souvent été minimisée ou occultée dans la mémoire militaire américaine.
Pourtant, la résistance allemande fut remarquable : lorsque Metz fut officiellement libérée le 22 novembre 1944 à 14 h 35, plusieurs fortifications tenaient encore, notamment le fort Jeanne-d’Arc, qui ne capitula que le 12 décembre. Cette ténacité souligne à la fois la valeur défensive du système fortifié et le fanatisme qui animait une partie des troupes allemandes à la fin de la guerre.
CANON ANTI-CHAR DE 87mm QUARTIER SAINT VINCENT, AU FOND LA PREFECTURE