De 1874 - 1885:
Les nombreux sièges de la guerre de 1870, qu’ils aient visé des forteresses à simple enceinte ou pourvues d’ouvrages détachés, ont permis d’établir les principes essentiels de la conception des nouvelles fortifications.
Il s’agissait, comme avant 1874, de mettre les villes fortifiées à l’abri des bombardements ennemis en cas de siège, en construisant, dès le temps de paix, des ouvrages permanents en avant des villes, de manière à contraindre l’assaillant à se placer à une distance rendant tout bombardement impossible.
Il fallait également les protéger contre d’éventuels coups de main, d’où la décision de conserver les enceintes closes déjà existantes. En tirant parti de la portée accrue de l’artillerie rayée, on envisagea aussi la création d’une première ligne de défense, située en avant des ouvrages détachés, à une distance permettant à ces derniers d’assurer un appui d’artillerie efficace. Les villes ainsi protégées furent appelées « noyaux centraux ».
Il résulte de cela que l’organisation défensive d’une grande forteresse doit comporter les éléments suivants, en partant de la zone la plus éloignée du noyau central :
une ligne de défense extérieure, suffisamment distante de la suivante pour être soutenue efficacement par son artillerie
une ligne principale de défense formée par les forts détachés, ayant pour but de maintenir l’artillerie ennemie à une distance où elle ne peut bombarder le noyau central
de favoriser la défense extérieure et de retarder l’investissement de la place
de soutenir la lutte d’artillerie en permettant à celle de la défense de combattre efficacement celle de l’attaque
de constituer une barrière empêchant l’ennemi de s’approcher de la place
Enfin, un noyau central, destiné à mettre le commandement et les approvisionnements de la place à l’abri de toute surprise.
De 1885 - 1914:
Comme nous l’avons vu précédemment, les années 1885-1886 virent l’apparition de nouveaux obus et explosifs qui remirent en cause les principes mêmes de la construction des forts. Ces progrès technologiques modifièrent également l’organisation des lignes de défense établies en 1874. Il s’agit ici d’examiner les transformations de l’organisation générale des forteresses après 1885.
Les nouveaux moyens d’attaque rendaient impossible l’emploi des pièces d’artillerie à découvert, en raison des dangers dus aux shrapnels, aux éclats des obus à la mélinite et aux gerbes provoquées par leurs explosions dans les talus. Ces effets ôtaient toute valeur pratique aux anciennes lignes de défense. Deux solutions s’offraient alors aux concepteurs :
laisser l’artillerie dans les forts, en la protégeant sous cuirasse
la retirer des forts en n’y conservant que les pièces nécessaires à la défense propre, au flanquement et celles, en nombre limité, dont l’emploi restait possible selon la position ou le moment de leur action.
C’est la seconde solution qui fut d’abord adoptée, les cuirassements étant alors trop coûteux et techniquement insuffisants. La dispersion de l’artillerie dans les intervalles détermina ainsi le mode d’organisation mis en place après la crise de l’obus-torpille.
Ce changement n’entraîna pas de modification fondamentale du rôle des lignes de défense, si ce n’est l’encadrement plus rigoureux du terrain compris entre la ligne principale de défense et le noyau central par la création d’une nouvelle ligne de résistance, dite de soutien, destinée à retarder l’attaque du noyau central après la chute de la ligne principale.