À Metz, des batteries de ce type de canon furent construites à Sorbey, Mont, Sainte‑Barbe, Crépy, au Bois de l’Hôpital, à Coin‑lès‑Cuvry, au Trou de Lièvre, à Sainte‑Agathe, Montvaux, Châtel‑Saint‑Germain, Ars‑sur‑Moselle, ainsi que dans le groupe fortifié Wagner. Ces batteries étaient en général raccordées au réseau ferroviaire afin de faciliter l’acheminement du matériel. Lorsque ce n’était pas le cas, le transport des canons s’effectuait par route à l’aide de chariots spéciaux tirés par un tracteur à vapeur. Toutes les voies ferrées menant à ces batteries aboutissaient à Metz.
En 1914, seulement huit canons de ce type se trouvaient à Metz. Les pièces, montées sur affût protégé, étaient entreposées dans le dépôt militaire de la gare du Sablon et pouvaient être rapidement envoyées vers les batteries si nécessaire. Le réseau ferroviaire permettait aussi de déplacer facilement les canons d’une batterie à l’autre. Chaque installation disposait d’un quai à niveau pour le transbordement des pièces.
Le transfert et la mise en position de tir se faisaient à l’aide de quatre galets solidaires du socle de l’affût, relevés au moyen de vérins. Ces opérations prenaient environ deux heures.
Les canons de 15 cm sur affût protégé, construits à quinze exemplaires par Krupp, étaient destinés à battre à grande distance les voies d’approche de l’ennemi ainsi que ses zones de déploiement et de ravitaillement. Leur champ de tir horizontal atteignait 125 degrés, pouvant être étendu à 165 degrés, tandis que l’affût permettait une rotation complète sur 360 degrés. Le champ de tir vertical variait de –5 à +35 degrés.
La portée maximale était de 19 500 mètres avec une charge forte, 17 000 mètres avec une charge moyenne et 15 600 mètres pour les shrapnells. Chaque canon était doté de 1 000 obus et 1 000 shrapnells. Le service se composait d’un caporal et de quatre canonniers, avec une cadence de tir d’environ deux coups par minute.
Les servants étaient protégés par un bouclier blindé de 25 mm d’acier au nickel, ouvert à l’arrière. L’embrasure du tube était protégée contre les éclats par un volet de 25 mm d’épaisseur. Le tube, de calibre 149,7 mm et long de 6,5 m, était renforcé par trois frettes concentriques. Krupp garantissait une durée de vie de 1 000 coups. La culasse, de type coin, s’ouvrait en un seul mouvement.
La bouche à feu pesait 5,15 tonnes, et l’ensemble de la pièce 12 180 kg. Le recul était limité à 30 cm grâce à deux freins à la glycérine, la remise en batterie étant assurée par un récupérateur à ressort long d’un mètre. À partir de septembre 1914, toutes ces pièces furent retirées de Metz et adaptées à la guerre de campagne grâce à l’emploi d’une plate‑forme métallique.