Contexte historique
Entre 1890 et 1892, huit tourelles pour obusiers de 21 cm ont été construites pour renforcer les forteresses de Metz et de Thorn. Deux tourelles ont été installées sur le plateau du Mont Saint‑Quentin dans la Feste Friedrich Karl, et deux autres dans la batterie du Chêne ouest près de Lorry‑lès‑Metz. Les quatre restantes ont été montées dans la Feste König Wilhelm I à Thorn. À partir de 1898, ces positions ont été équipées d’observatoires cuirassés.
Ces tourelles appartenaient aux fortifications modernes construites par l’armée allemande pour l’artillerie lourde de place.
Caractéristiques générales
La tourelle était une installation cuirassée de type affût fixe pour obusier de 21 cm. Son diamètre extérieur atteignait environ 4,5 mètres. La coupole blindée était constituée de deux couches de fer doux séparées par une couche de plomb, pour une épaisseur totale de 30 cm. L’avant‑cuirasse, en fonte dure, reposait sur des blocs de granit.
Le canon comportait une âme en acier, un tube enveloppe en bronze dur et une culasse à vis.
Organisation intérieure
La tourelle comportait deux étages. L’étage supérieur, appelé chambre de tir, regroupait les appareils de pointage et les dispositifs pour le service du canon. L’étage inférieur, ou local de manœuvre, contenait les mécanismes assurant la rotation, l’élévation et le système de levage du tube.
Le pointage en hauteur s’effectuait au moyen de deux volants agissant sur une crémaillère fixée au support du tube. Ce système était précis mais lent, car le tube n’était pas équilibré. Le pointage rapide en direction se faisait à l’aide de cabestans actionnant une double couronne à chaînes. En cas d’avarie, le pointage pouvait être effectué à la main avec des leviers.
Mécanismes hydrauliques
En position de repos, la coupole reposait sur l’avant‑cuirasse. Pour le tir, elle était soulevée de 10 millimètres par une pompe hydraulique à deux bras qui comprimait de la glycérine dans un espace creux entre cylindre et piston. En cas d’incident, elle pouvait être élevée jusqu’à 300 millimètres. L’abaissement s’effectuait par simple gravité, la soupape d’évacuation ouverte. En cas de défaillance, un dispositif manuel permettait de rétablir le fonctionnement.
Service et équipage
Chaque tourelle disposait de 450 obus explosifs et de 350 schrapnells. Le service était assuré par un sous‑officier et onze canonniers : cinq dans la chambre de tir, quatre dans le local de manœuvre, deux affectés à l’approvisionnement et à la ventilation.
L’alimentation en munitions se faisait à l’aide de chariots à six roues, relevés par un monte‑charge. Les projectiles étaient ensuite hissés par un palan jusqu’à la culasse. Un ventilateur manuel assurait une arrivée d’air frais dans la chambre de tir, tandis que l’air vicié s’échappait entre la coupole et la cuirasse.
Performances
La cadence de tir était d’environ un coup toutes les trois minutes.
Les portées étaient les suivantes :
- 6 900 mètres avec 2,4 kg de poudre
- 8 000 mètres avec 3,7 kg de poudre
- 5 450 mètres pour les schrapnells
Le poids de la tourelle complète sans tube atteignait 152 tonnes.
Rôle tactique
Ces tourelles étaient destinées au tir sur des localités, des voies de communication et des positions de campagne ennemies, y compris des objectifs masqués. Leur blindage épais et leurs mécanismes conçus pour absorber les chocs leur permettaient de soutenir un siège prolongé tout en protégeant leur équipage.